GRAN LUX
Justine Dravet, janvier 2024
« GRAN LUX electric cinema ». Au 11 bis rue de l’Égalerie, dans une friche post-industrielle du quartier de Bellevue à Saint-Étienne, une enseigne lumineuse annonce l’espace cinématographique du Gran Lux. Celui-ci occupe une partie du site Mosser, du nom de l’ancienne brasserie installée dans ce bâtiment de 1882. Le Gran Lux a été créé en 2004, il y a une vingtaine d’années, par l’association Coxa-Plana créée pour sa part en 1996. Le Gran Lux est un à la fois un espace de création artistique et un lieu de diffusion cinématographique.
Il s’agit avant tout d’un cinéma alternatif dont la principale activité est consacrée à la programmation de films sous forme de sessions de visionnage au printemps et à l’automne. Les films, qu’ils s’agissent de classiques du cinéma de patrimoine ou de films expérimentaux rares, sont montrés lors de ces sessions-festivals dans leur format d’origine en respectant leurs caractéristiques techniques. Qu’il s’agisse de pellicule Super 8, 16mm, 35mm ou de formats numériques, les conditions de monstration des œuvres respectent dans la mesure du possible la volonté des cinéastes et l’œuvre originale elle-même.
Cette démarche favorise une certaine proximité avec les films présentés et renforce les échanges entre les spectateurs et cinéastes invités. Riche de près de neuf cents adhérents et d’un noyau de cinq ou six membres actifs, l’association Coxa-Plana défend une cinéphilie vivante au sein du Gran Lux : loin de l’image de la cinémathèque comme musée sacré du cinéma, c’est un lieu collectif qui considère la salle de cinéma comme véritable espace d’exposition. C’est pourquoi la salle principale est ouverte sur la cabine de projection, local technique où se fabrique le spectacle. Aucune vitre ne sépare ces deux espaces de création et de réception, dont les volumes sont par ailleurs similaires, et les spectateurs sont particulièrement sensibles à cette porosité.
Le Gran Lux est aussi un lieu de recherche et d’expérimentations artistiques. L’usine à brasser de la bière s’est transformée en usine à fabriquer des films. Certains espaces sont consacrés à la création, comme le studio de tournage qui comprend ses propres décors modulables, la salle de montage ou le laboratoire de développement de films argentiques. Un atelier d’impression risographique est par ailleurs utilisé pour confectionner de manière autonome les programmes du Gran Lux ainsi que d’autres projets éditoriaux de revue comme Swissair ou Four Stars et de cartes postales, fanzines ou livres d’artistes. En dehors des projections publiques, les membres de l’association réalisent des films et toutes sortes d’installations, diffusés un peu partout en Europe. Cette démarche inscrit le Gran Lux dans des réseaux comme Filmlabs ou Kino-Climates et de même lui permet d’accueillir des artistes en résidence et des ateliers. C’est une véritable manufacture de films et de nombreuses autres formes d’expression artistique qui prouve qu’un autre cinéma est possible, loin de la production et de la diffusion des circuits classiques de l’industrie du cinéma.
Venir au Gran Lux est une démarche forcément volontaire et guidée par la curiosité et l’amour du cinéma. Ainsi le public échappe-t-il à tout effort de catégorisation sociologique ou démographique : on y croise des étudiants, des militants, des jeunes et des moins jeunes n’hésitant pas à se déplacer pour l’occasion. Ces cinéphiles se rejoignent dans cet espace de création, de diffusion et surtout de partage. Si le cinéma est un monde, le Gran Lux est en son sein un monde à part entière .